Babka est un phénomène musical singulier, nourri d’influences klezmer et porté par le dialogue entre l’hébreu, le yiddish et le français. Derrière ce nom gourmand se cache un artiste qui mêle langues, histoires et émotions. Rencontre avec Babka, un projet musical à la fois généreux et profondément vivant.
Qui es-tu ? Peux-tu te présenter ?
Je m’appelle BABKA, je suis tout à la fois un personnage, un gâteau, une aventure musicale…
Comment BABKA est né ? Où, quand et pourquoi ?
Babka est né de l’imagination de Raphaël Setty, dont je suis l’alter ego, à moins que ce ne soit le contraire… (rires). J’ai joué – et je joue toujours – avec les Marx Sisters, groupe de chanson yiddish avec lequel nous vivons de nombreuses aventures.
Je m’en suis rendu compte assez tard, mais le yiddish a été une langue de substitution : on ne le parle plus dans ma famille depuis deux siècles, puisque du côté de ma mère j’ai des racines yeke, juives d’Allemagne. Et du côté de mon père, c’est tout autre chose : lui est né en Israël, dans une famille juive irakienne. Donc il y a une multitude de judéo-langues dans ma famille, que l’on a peu à peu cessé de pratiquer : le judéo-arabe irakien, dans le dialecte baghdadi, le yiddish, le judéo-alsacien, mais aussi l’hébreu.
Et donc, ma rencontre avec les Marx Sisters, en 2012, m’a permis de plonger à corps perdu dans le yiddish et d’investir musicalement et émotionnellement cette langue, comme pour remplacer toutes les judéo-langues de ma famille avec lesquelles j’avais perdu le lien. Tout ça pour en revenir à Babka : j’ai eu envie, un moment, de ménager un espace où je puisse enfin explorer mon rapport à toutes ces langues… J’ai quand même envie de dire que Babka est le petit frère des Marx Sisters
Est-ce que ça veut dire que tu es tout seul sur scène ?
Pas toujours ! L’accordéon est une instrument très complet, qui peut se suffire à lui-même, d’autant plus s’il accompagne le chant, mais j’ai aussi une série de concerts prévus avec, à chaque fois, un invité ou une invitée différente : le 19 avril je jouerai avec Dany Aubert, un jazzman vendômois, et le 7 juin avec Léa Platini, qui, je peux le dire, est la véritable ambassadrice du klezmer à Marseille !
Pourquoi ce nom Babka ?
La Babka est un gâteau que j’adore et qui tire lui-même son nom de la manière dont les polonaises et les polonais appellent leurs grands-mères. La babka est une pâtisserie bigarrée, savoureuse et truffée de délicieuses surprises, et c’est comme ça que j’espère que les gens vont recevoir ma musique : comme quelque chose de réconfortant, chocolaté, et que l’on peut partager avec ses voisins et ses voisines. Le mot « Babka » sonne aussi comme un mélange de Baghdad, la ville de ma famille paternelle, et d’une chapka, le chapeau que je porte sur scène et qui appartenait à mon grand-père maternel.

De quoi parlent tes chansons ? Quels thèmes reviennent le plus souvent ?
Mes chansons abordent souvent le thème des judéo-langues, et de la place que l’être humain essaie de se faire dans sa propre existence, du sens de la vie en somme ! (rires) Mais toujours avec humour et poésie. Je n’ai pas que des chansons, je joue aussi beaucoup de musique instrumentale, et parmi mes chansons, je chante aussi des morceaux du répertoire yiddish.
Quelles émotions ou messages souhaites-tu transmettre avec Babka ? Comment l’hébreu, le yiddish, le français dialoguent ?
J’ai envie de partager, avant tout, quelque chose de ludique. J’aime jouer avec les différents styles, différents instruments (accordéon, guitare, claviers), différents outils (le chant, l’écriture, le théâtre), et les différentes langues que tu as mentionnées. Comment dialoguent-elles ? Elles dialoguent bien, j’espère !
Est-ce que chaque langue te permet de dire des choses différentes ? Comment décides-tu dans quelle langue une chanson va naître ?
Oui, le yiddish par exemple a pour moi quelque chose de très concret, on se cramponne aux consonnes, c’est une langue avec de la charpente, et qui amène tout de suite un phrasé particulier, très chantant, justement, pour ne pas se laisser écraser par toutes ces consonnes. L’hébreu a quelque chose de très chaleureux, avec des voyelles qui irradient… et le français, c’est la langue que je parle couramment donc c’est encore autre chose.
Pour l’écriture des chansons, je ne décide pas à l’avance : ça peut partir d’une expression dans une langue spécifique, une expression qui me sert de rampe de lancement et ouvre la porte d’un univers, me met en face de quelque chose que j’avais envie de dire depuis longtemps, et hop ! J’essaie de tirer le fil dans la langue qui s’est manifestée. Je n’hésite pas à
solliciter des amis qui s’y connaissent mieux que moi, pour me corriger ou m’aider à exprimer clairement mon idée, ma poésie.
Penses-tu que la musique peut aider à apprendre une langue ?
Complètement ! Pour ma part, c’est comme ça que j’ai appris l’hébreu, et aussi le yiddish. L’hébreu, à travers la musique de la prière, mais aussi à travers des artistes que j’écoutais enfant et adolescent : Arik Einstein, Aviv Geffen, mais aussi, plus proches de nous, Karolina, Echo ou groupe Hadag Nahash, dont j’adore le groove.
Si tu devais choisir une chanson pour nous faire découvrir Babka ?
Je choisirai Shir Harishon. C’est la première chanson que j’ai écrite en hébreu. Je sortais du cinéma, j’étais allé à la projection
d’un film de Nurith Aviv, La lettre errante, et j’avais rencontré par la même occasion toute une communauté de gens qui s’interrogaient, comme moi, sur les judéo-langues. Cette nuit-là, je suis rentré chez moi et je n’arrivais pas à dormir – c’était la pleine lune – alors j’ai pris ma guitare et je me suis mis à chanter cette chanson, comme une berceuse. Je m’y adresse à mon père, dans sa langue maternelle, l’hébreu, pour lui dire ceci : chante une chanson, n’importe laquelle, franchis le pas, elle sera belle !
Ton mot préféré en hébreu ? Et en Yiddish ?
En hébreu, sans hésiter : Savlanout (geste de la main significatif) ! La patience. Tout prend du temps ! Et en yiddish… c’est plus difficile… Si, a mekhayè ! C’est une expression idiomatique, quasiment intraduisible car elle n’a pas d’équivalent en français, mais c’est pour exprimer le plaisir, la joie, le délice. Et pour apprendre une langue, c’est pareil, c’est comme la cuisine : ça doit être un plaisir de mâchonner de nouveaux mots, et l’apprentissage aussi doit rester un plaisir, à chaque étape. A mon avis, c’est la meilleure manière pour apprendre efficacement.

Où peut-on t’écouter ?
Il y a des enregistrements en préparation… mais pour l’instant, tout est sur ma page instagram !
Quelles sont tes dates à venir ?
Là encore, tout est sur ma page instagram ! Abonnez-vous ! (rires) Ma prochaine date sera chez mes amis du Shalala à Lyon, le 19 février, et puis en région, à Mosnes (37) et à Montabon (72), le 19 avril et le 7 juin, avec Dany Aubert et Léa Platini. Je prépare aussi une tournée en Norvège et en Bulgarie avec Mozek, un clarinettiste israélien.
Et à Paris ?
A Paris, ce sera le 7 novembre à la Maison de la Culture Yiddish où je serai l’invité de Betty Reicher et son Yiddish kabaretkele, date pour laquelle j’aurai des nouvelles chansons inédites en yiddish !

