Qui aurait cru que les arcanes du Tarot dialoguaient avec la sagesse kabbalistique ? À la croisée de l’illustration, de l’ésotérisme et de la tradition kabbalistique, Raphaël Haïm explore cette connexion fascinante à travers l’image et le symbole.
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je suis Raphaël, Concepteur-Rédacteur et Directeur Artistique de formation, mais aussi illustrateur. Et depuis quelques années, tarologue.
Je suis passionné par les symboles, les archétypes, et tout ce qui relie l’art au sacré. J’aime explorer les langages invisibles : ceux des images, des mythes, à travers le chant et la musique… et les traduire en dessins, en rituels, en outils de transformation intérieure. Mon travail trouve ses racines à la frontière entre l’intuition et la sensibilité, entre le mystère et la transmission.
Comment es-tu devenu tarologue et illustrateur ?
Ça s’est fait naturellement, comme une évidence progressive. J’ai toujours eu une sensibilité particulière aux images, aux signes et aux mondes symboliques. L’illustration a été mon premier canal d’expression : dessiner, c’était déjà interpréter… et ce, depuis l’enfance. Puis le tarot est arrivé un peu par hasard. En y réfléchissant, je crois que les jeux de cartes ont toujours été présents dans ma vie. Et un jour, à un moment particulier de ma vie, ce genre de moment clef où tout bascule, je suis tombé nez à nez avec un jeu dont les symboles m’ont interpellé. En tant que graphiste et directeur artistique, j’ai voulu en extraire les codes et comprendre leur signification. C’est là que j’ai réalisé que le tarot était bien plus qu’un simple jeu : un langage complet, un système d’images qui raconte l’âme humaine. Petit à petit, ce n’est plus seulement devenu un outil de divination, mais un compagnon de recherche intérieure et un support de création.
Peux-tu nous raconter ta rencontre avec la Kabbale et ses symboles ?
Chez mes parents, il y avait une immense bibliothèque, presque une bibliothèque familiale. On y trouvait de tout : des textes des plus grands ravs, mais aussi Nietzsche, Spinoza, Camus, Albert Cohen, Kafka… Avec le recul, je réalise à quel point ces influences étaient à la fois philosophiques et profondément juives.
Dans cette bibliothèque, il y avait aussi quelques livres remplis de schémas et d’images mystérieuses qui m’intriguaient. Quand je demandais ce que c’était, on me répondait souvent que j’étais trop jeune, que je ne pouvais pas comprendre. Alors, évidemment… je me suis mis à les lire en cachette. J’avais l’impression de toucher du doigt quelque chose de plus grand que l’Homme. Et je notais ce que je ne comprenais pas, pour y revenir plus tard, quand j’aurais été en âge de comprendre.

Qu’est-ce qui t’a le plus touché dans cet univers ?
Il y a quelque chose de magique dans la Kabbale. Comme si elle permettait de voir le meilleur côté du monde.
Elle donne une lecture plus vaste, plus subtile, et parfois même plus douce de la réalité. Il y a une phrase dans Princesse Mononoké qui résume exactement ce que je ressens : elle m’aide à “porter sur le monde un regard sans haine”.
As-tu étudié la Kabbale de manière formelle ou plus intuitive ?
Je dirais de façon totalement autonome et intuitive. Je ne sais même pas s’il existe réellement des “cours” de Kabbale au sens classique du terme. Pour moi, c’est un peu la psychanalyse de la religion : une science à la fois précise et floue, un langage qui en dit énormément sur celui qui l’étudie… et sur celui qui l’interprète.
Comment ton projet de tarot kabbalistique est-il né ?
Dans les jeux de tarot classiques, je trouvais que les symboliques étaient souvent très “chrétiennes”, et parfois elles ne me parlaient pas. J’en discutais avec une amie, Odélia Kamoun. Un jour, elle m’a dit : « Pour Inktober, je lance mon Taroktober, tu devrais essayer aussi, on va le faire avec des copines. ». Inktober est un défi artistique : un dessin par jour pendant tout le mois d’octobre.
Je me suis prêté au jeu et j’ai commencé à dessiner mes premières interprétations des arcanes majeurs. Au bout d’un mois, je me suis dit : il faut que je fasse mon propre tarot. J’avais trouvé comment mettre en lien deux de mes passions : l’étude de la Torah et de la Kabbale… et le dessin.
Quelles ont été les étapes de création ?
Il y a d’abord eu cette première étape de dessins instinctifs. Puis sont venues presque deux années d’étude : lectures religieuses et kabbalistiques, étude de la Torah, conférences, cours… Et ensuite seulement, petit à petit, je me suis lancé dans le dessin structuré du jeu. Au final, il m’a fallu environ trois ans pour illustrer les 78 cartes du tarot… en parallèle de recherches constantes sur le Tarot, l’histoire du judaïsme et la Kabbale.
En quoi le tarot et la kabbale sont reliés ?
Déjà, historiquement, le Tarot de Marseille apparaît en Méditerranée à une époque proche de l’émergence de la Kabbale en Provence. Ce contexte m’interpelle énormément. Et puis il y a une logique presque évidente : les 22 lettres de l’alphabet hébraïque résonnent avec les 22 arcanes majeurs, les 10 Sephirot font écho aux 10 niveaux des cartes, les 4 mondes de la Kabbale répondent aux 4 couleurs / familles du tarot.
À une époque où les Juifs n’avaient pas toujours la liberté d’enseigner et de transmettre, il fallait trouver des moyens détournés de faire passer notre histoire, nos traditions, nos structures spirituelles.
Et soyons honnêtes… on est assez forts pour ça. Trouver une manière de transmettre quand on nous interdit de transmettre, c’est presque un art juif en soi.
Comment choisis-tu les lettres et les symboles que tu intègres dans tes cartes ou tes illustrations ?
Tout s’est imposé à moi comme une évidence. Les tarots les plus anciens contiennent déjà des symboles très puissants.
Je n’ai pas eu l’impression d’inventer : j’ai plutôt eu l’impression de révéler. J’ai réadapté des symboliques juives déjà présentes mais effacées, ou je les ai rendues plus visibles, plus assumées. Chaque carte raconte une histoire, et j’ai tenté d’illustrer ces histoires en leur redonnant une cohérence spirituelle qui me parle.

Comment l’hébreu joue un rôle particulier dans tes œuvres ?
La Kabbale touche à quelque chose de sensible et mystique, et je retrouve cette vibration dans l’alphabet hébreu. Il y a ce principe fascinant de lettres-symboles : idéogrammes, pictogrammes, formes vivantes. Les lettres dessinent le monde, elles permettent de le nommer. Et selon la Kabbale, la parole est créatrice.
En tant qu’artiste, j’ai aussi ce rôle : dessiner, créer, nommer… et donc faire exister. L’hébreu m’apporte exactement cela, à travers une histoire et une tradition forte.
Penses-tu que le tarot et la kabbale sont mystiques et accessibles seulement à quelques initiés ?
Je pense que ce sont des voies mystiques, oui. Mais je ne crois pas qu’elles soient réservées à une élite. En revanche, il faut s’accrocher. Il faut accepter de ne pas tout comprendre. Parfois il faut relire et réétudier des choses qu’on pensait maîtriser, avec un regard neuf. Et surtout, il faut accepter de se remettre en question, soi-même. Sans ça, il est impossible de comprendre la Kabbale… et même le monde dans lequel on vit.
Quel message souhaites-tu transmettre à travers ton tarot ?
Le message principal, c’est que nous sommes tous connectés. Même dans l’obscurité, il existe une structure, un chemin, une cohérence invisible. Mon tarot cherche à rappeler que chaque crise est une porte, que chaque transformation a un sens. Et surtout : que l’être humain porte en lui une étincelle divine, même lorsqu’il l’oublie. J’aime beaucoup cette phrase qu’on attribue au rabbin Shneur Zalman de Liadi: « Un peu de lumière repousse beaucoup d’obscurité. »
Comment les personnes peuvent-elles utiliser ton tarot pour explorer leur spiritualité ou leur créativité ?
Le jeu de cartes en soi peut être utilisé dans une forme d’art-thérapie. J’ai participé à plusieurs salons où mon tarot devenait une porte d’entrée pour parler d’autre chose : comment parler d’amour, qu’est-ce que la spiritualité, comment trouver un équilibre entre histoire, identité, religion et liberté intérieure… Il peut s’utiliser comme tarot divinatoire pour ceux qui y croient, mais aussi comme un moyen de raconter des histoires, presque comme un conte. Et à travers ces histoires, chacun peut dessiner son propre chemin : en dessin, en musique, en danse… ou à travers n’importe quel médium.

Serais-tu partant pour nous tirer les cartes autour de la question : Dois-je apprendre l’hébreu, et comment m’y prendre ?
Pas besoin d’un tirage pour répondre à ça 😉 Oui, il faut apprendre l’hébreu. Déjà parce qu’apprendre une langue stimule énormément : c’est excellent pour le cerveau, ça développe les capacités cognitives, surtout quand on change complètement d’alphabet.
Et puis si vous partez en vacances à Tel Aviv, quel plaisir de pouvoir commander en terrasse dans la langue du pays !
Pour commencer, j’ai essayé Duolingo, mais on atteint vite ses limites : pas de possibilité de discuter en groupe, donc la langue reste moins vivante… et surtout, il manque souvent la grammaire et la structure.
Donc si vous voulez apprendre vraiment, avec une méthode solide et humaine : demandez à Oulpan Lavi.
Merci Raphaël ! Retrouvez ses oeuvres et son travail sur son compte instagram

